L’histoire du bâtiment

Vue côté cour du Conservatoire de Sarreguemines / © GB Ville de Sarreguemines

LE CONSERVATOIRE : UNE DEMEURE PATRICIENNE

Sis en début de la Rue d’Or, le conservatoire a gardé intacte sa façade classique du XVIIIe siècle. La bâtisse date très précisément de 1728. Nul autre édifice privé de cette époque n’est mieux documenté quant à la construction.

Ferronnerie de la balstrade de l'entrée arrière du Conservatoire de Sarreguemines / © GB - Ville de Sarreguemines

C’est Alexandre d’Hausen qui en est à la fois le concepteur, le commanditaire et le propriétaire. A 37 ans, le personnage manifeste par la pierre sa réussite éclatante. Sur les traces de son père, il s’est enrichi grâce au commerce du bois de Hollande. Parallèlement, il s’est mis au service du duc Léopold comme receveur des finances. Bailleur de fonds, il devient l’un des fermiers généraux de Lorraine les plus en vue. C’est une puissance d’argent dont l’alliance est recherchée. Le maître des forges de Moyeuvre Charles de Wendel sera son futur gendre.

Courtisan zélé de Léopold, il donne un tour concret au plan d’embellissement de Sarreguemines préconisé par les architectes ducaux Jennesson et Palissot, en 1724. Il procède par étapes. Le 4 janvier 1726, il acquiert la maison cossue des héritiers Knoepfler sise, côté cour, dans la Guldengasse et qui donne, côté jardin, sur la ruelle des cloutiers. Il avance la coquette somme de 2263 écus augmentée de 20 louis d’or d’épingles. Il fait démonter la bâtisse, en prenant soin de récupérer les matériaux de construction. Tout laisse croire qu’il a élaboré lui-même les plans de la demeure, puisant son inspiration lors de ses déplacements à Lunéville, Nancy, Deux-Ponts...

Façade avant (côté rue) du Conservatoire de Sarreguemines / © GB - Ville de Sarreguemines

En février 1728, il est fin prêt. Il engage les charpentiers d’origine tyrolienne, Léonard Necesson, établi à Niedergailbach, et Mathis May, d’Ormesheim. Il exige le réemploi des bois déposés et la livraison de matériaux de première qualité pour le sur-plus. Il leur octroie 200 écus et les gratifie d’un louis d’or s’ils répondent à toutes ses exigences. C’est par la taille des ouvertures (portes et fenêtres) qu’il entend donner un cachet novateur à sa demeure. Il porte donc un soin attentif à la rédaction du second contrat, conclu avec le tailleur de pierre de Grosbliederstroff, François Roth. Il lui impose le lieu d’extraction : la carrière de Kleinblittersdorf. Porté par le souci de grandes baies, il impose des embrasures de fenêtres « de hauteur sept pieds de Lorraine ... quatre pieds de large » pour les deux premiers niveaux (au nombre de 13) et de dimension plus réduite pour le dernier (au nombre de 7). Il en fixe la forme et la composition. Elles auront « six pouces de bonbage par le haut et en voussoir avec une clef apartenante dans le millieu quoyque ladite couverte soit d’une seule pièce... l’apui sera de même d’un morceau et sur laquelle longueur reposeront les premiers jambages jusqu’à la harpe... il y aura deux lancis qui auront des queux de vingt pouces depuis la harpe ou moulure ». Le barème appliqué est fort détaillé. Chaque « croisée en moulure » (fenêtre) se monte à 18 livres ; « pour les croisées du dernier estage trois croisées (facturées) au prix de deux » ; la porte cochère 18 livres et les cheminées - qui « seront à la Romaine et au goût de mondit sieur de Hausen » - autant, etc.

Alexandre d’Hausen est à l’origine de l’une des demeures particulières les plus prestigieuses du XVIIIe siècle. Il a fixé de nouveaux critères architecturaux qui n’avaient pas cours dans la bourgade. Il a même fait école auprès de bourgeois moins nantis que lui ; à quelque cinquante mètres en amont de la rue d’Or se retrouve une maison dont la façade indique une filiation certes « naïve » mais sans équivoque. Le patricien sarregueminois est d’ailleurs tellement convaincu de la réussite de son œuvre que douze ans plus tard, lors de la construction du château de Remelfing, il reprendra mot pour mot les termes du contrat de 1728, ne rabiotant que sur les tarifs en vigueur une décennie plus tôt.

Didier Hemmert

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